Famille Théobald Bouvier de Saint-Ursanne 1724-1837 1837-1961 1961-1981 Notices historiques à l occasion de la Journée du souvenir à Saint-Ursanne le 10 octobre 1981 Aperçu historique sur les familles Théobald Bouvier en son vivant médecin-vétérinaire à Saint-Ursanne et Joseph Girardin, hôtelier, maire et député, à Saint-Ursanne. Quatre mariages se sont succédés, soit : Bouvier Théobald, médecin-vétérinaire et propriétaire, fils de Pierre-Joseph et de Marie-Anne-Rosalie née Girardin, né le 11 septembre 1837, originaire et bourgeois de Saint-Ursanne, décédé le 3 septembre 1903, marié le 21 novembre 1865 à Delfis Maria, fille de Jean-Baptiste et de Emilie Sultaire, originaire et bourgeoise de Saint-Ursanne, née le 16 août 1839, décédée le 10 octobre 1870. De cette union est issu un enfant : Bouvier Marie, mariée à Marchand Pierre, Tous deux originaires et bourgeois de Saint-Ursanne. Les deux conjoints ont habité Saint-Ursanne, Coeuve, puis Belfort où ils sont décédés. Ils ont eu un seul enfant, soit Marchand Marthe qui s est mariée en premières noces à Alexandre Roman et en deuxièmes noces à Charles Noirat, qui ont toujours habité Belfort. Nous avons tous connu Marthe qui venait très souvent à Saint-Ursanne où elle était reçue dans la famille aux Deux-Clefs. Un deuxième mariage a été célébré le 19 mars 1877 entre Bouvier Théobald, veuf de Delfis Maria et Grenouillet Marie-Anne-Joséphine-Louise, sans profession, originaire de Lyonffant (Haute-Saône) née à Montfaverger le 7 juin 1852, demeurant à Saint-Ursanne, où elle est décédée. De cette union sont issus quatre enfants soit : 1. Bouvier Eugénie, mariée à Marchand Xavier tous deux originaires et bourgeois de Saint-Ursanne, y demeurant, qui ont eu deux enfants : Marchand Bernadette, à Saint-Ursanne Marchand Bernard, chef comptable, à Zurich 2. Bouvier Théobald marié à Scholler Emma tous deux originaires et bourgeois de Saint-Ursanne, y demeurant, qui ont eu 5 enfants : Bouvier Emma, mariée à Fernand Braichet, commerçant à Porrentruy Bouvier Germain, employé de commerce, marié à Marguerite Juillard, à Porrentruy Bouvier Ida, célibataire, employée de bureau, demeurant à Porrentruy Bouvier André, fonctionnaire cantonal, marié à Marthe Jeannotat, demeurant à Delémont Bouvier Mariette, mariée à Baillif Marcel, instituteur à Bonfol. 3. Bouvier Léon marié à Christe Lucie, originaires de Saint-Ursanne et Vendlincourt, demeurant en ce dernier lieu. De cette union sont nés : Bouvier Robert, marié à Jeanine Schneider, négociant, à Sonceboz Bouvier Willy, marié à Irma Wyss, représentant de commerce, à Nidau-Bienne Bouvier Madeleine, mariée à Denys Juillerat, médecin-dentiste, à Tramelan 4. Bouvier René décédé en bas âge à Saint-Ursanne. Un autre mariage a eu lieu le 28 novembre 1882 entre Girardin Joseph-Louis-Amédée, hôtelier, propriétaire de l Hôtel du Boeuf, maire et député à Saint-Ursanne, bourgeois et originaire de ce lieu, fils de Joseph et de Séraphine-Adélaïde née Sermet, né le 10 août 1848, décédé le 15 août 1885 et Berret Henriette-Marie, fille de François Berret ancien maire et de Célestine née Koller, née le 18 mai 1858, originaire et bourgeoise de Cornol, y demeurant, à l Hôtel du Boeuf. De ce mariage est née : Girardin Marie qui a épousé Farquet Séraphin de Chamoson (Valais) où les deux époux ont habité quelques temps pour venir ensuite se fixer à Cornol afin d y exploiter l Hôtel du Bœuf propriété de la famille Berret. Les époux Farquet-Girardin ont eu quatre enfants nés à Cornol : Farquet Paul, demeurant à Sierre Farquet Hélène, demeurant à Sierre Farquet Simone, demeurant à Sierre Farquet André, demeurant à Arden USA. Ces quatre enfants sont restés longtemps à Cornol. Un quatrième mariage a été célébré le 18 janvier 1888 entre Bouvier Théobald veuf de Maria Delfils et de Joséphine Grenouillet et Girardin-Berret Henriette, veuve de Joseph Girardin. De cette union sont issus 7 enfants : 1. Bouvier Henriette née à Saint-Ursanne, célibataire décédée en 1922 2. Bouvier Joseph, buraliste postal, marié à Germaine Friez, demeurant à Cornol, qui ont eu quatre enfants, soit : Bouvier Marcel, employé postal, marié à Berthe Hêche, à Porrentruy Bouvier Henri, employé de bureau, marié à Edith Ory, à Develier Bouvier Georges, fonctionnaire cantonal, marié à Lina Seewer, à Thoune Bouvier Pierre, fonctionnaire fédéral, marié à Rina Raineri, à Berne. 3. Bouvier Caroline, mariée à Aurèle Choulat, commerçants, à St-Ursanne 4. Bouvier Albertine, veuve de Charles Meyer, demeurant à Delémont, qui ont eu 2 enfants : Meyer Marie-Thérèse, secrétaire d administration, à Delémont Meyer Jean, chef mécanicien, à Reinach (BL) marié à Ruth Jost avec 2 enfants Daniel et Charles Meyer 5. Bouvier Albert, commerçant. Marié à Marthe Gassmann, demeurant à Porrentruy, un enfant : Bouvier Jean-Claude, professeur, marié à Lucienne Mertenat, demeurant à Porrentruy avec 3 enfants : Martine, Isabelle, Sylvie 6. Bouvier Georges, cultivateur, né à Saint-Ursanne, décédé en 1949 7. Bouvier Madeleine, mariée à Faivre Marcel, en son vivant mécanicien et aubergiste. De ce dernier mariage sont nés 3 enfants : Faivre Marcel, architecte, marié à Thérèse Froidevaux, demeurant à Porrentruy ; avec 2 enfants Marie-Thérèse et Geneviève Faivre Jean, mécanicien et commerçant, marié à Paulette Lindecker, demeurant à Saint-Ursanne, avec 2 enfants : Gabrielle et René Faivre Madeleine, mariée en premières noces à Boillat Maurice et en deuxièmes noces à Bécholey Albert, demeurant à Nuvilly (Vaud). Deux enfants Boillat Dominique et Daniel. Commentaires Pour répondre au désir maintes fois exprimé par la famille, j ai pu enfin recueillir les indications utiles à nos parents, grands-parents et arrière-grands-parents. Je dois dire que les recherches se sont révélées plus ardues que prévu. Nos ancêtres étant nés entre les années 1724 et 1837 j ai dû consulter les archives paroissiales et communales de notre lieu d origine où sont conservés les registres officiels. Ceux-ci en partie étaient tenus par le curé de la paroisse et les inscriptions de l époque étaient en latin. Il fallait donc se documenter sur près de 3 siècles en arrière afin de trouver l origine des familles. Tous les enfants de Théobald Bouvier sont nés dans la maison située à la rue des Bouvier. L habitation se trouvait en bordure de la rue principale en face de l hôtel du Boeuf. Le papa Théobald y exploitait, à côté de sa profession de vétérinaire, un train agricole d une certaine importance ; 3 écuries, grange, jardin faisaient face au restaurant de l Ours. Les époux Bouvier-Berret ayant acquis à fin 1900 l hôtel des 2 clefs ont abandonné la maison familiale pour s installer dans leur nouvelle demeure consistant en habitation, auberge, magasin, boulangerie, caves, grange, écurie. A noter que l auberge était tenue par Eugénie sous la responsabilité de la maman, le magasin par Léon et la partie agricole par Théobald qui avait fait l école d agriculture de la Rüti. Dès 1901 papa avait loué l immeuble de la rue des Bouvier et la ferme des Champs Fallat à Hyppolyte Thiévent, grand-père du secrétaire communal actuel. Lors du partage de la succession de papa en 1905 la maison familiale a été reprise par Théobald notre frère qui l a revendue à Léon et beau-frère Xavier qui venait d épouser Eugénie. Léon ayant cédé sa part à Xavier, celui-ci s est trouvé seul propriétaire. En 1922 Xavier vendait cet immeuble de grande surface à la Société coopérative de consommation qui en a fait le magasin moderne avec entrepôt et boulangerie tel que l on peut le voir aujourd hui. Concernant le domaine des Champs Fallat dont papa Théobald s était rendu acquéreur le 11 janvier 1881 pour un prix de 25.000 fr., il est intéressant de mentionner qu il a été vendu, lors de la liquidation de la succession Théobald Bouvier en 1905, à François Ruegg cultivateur à Saint-Ursanne pour le prix de 27.000 fr. En 1923 la famille Ruegg l a cédé pour un prix de 105.000 fr à Justin Marchand cultivateur à Sur la Croix. Cette même propriété, sans un mètre carré de plus, a été vendue il y a quelques années à l Etat de Berne pour un prix de 650.000 fr. (le 24 août 1966). Papa Théobald a perdu son père le 13 août 1852. Il fréquenta le collège de Porrentruy dans les années 1853/55, classe de l abbé Vautrey l illustre historien jurassien. Doué pour l étude, son tuteur l envoya suivre les cours de médecine vétérinaire à l université de Berne dans les années 1856/59. Avec son ami Riat de Damvant, il perfectionna ses connaissances à l école vétérinaire de Lyon. Il s installa ensuite dans sa ville natale pour ne plus la quitter, sauf pour les cours militaires, étant devenu officier dans l armée fédérale. Il pratiqua dans le Clos du Doubs, en Ajoie et assuma la charge de vétérinaire frontière aux postes du Chauffour, La Motte et Bressaucourt (Gros trafic de bétail à cette époque). Sa profession indépendante lui permettait d être inspecteur de bétail et de remplir la charge de receveur communal, poste que son père occupait en son temps. Il s intéressa activement aux affaires publiques. Dans son livre « Histoire de St-Ursanne » Mgr. F. Chèvre doyen mentionne que le maire Joseph Bouvier et le receveur Théobald Bouvier avaient été délégués à une assemblée de la Société des chemins de fer du Jura le 17 juin 1864 présidée par le conseiller d Etat Xavier Stockmar. Il fut un ardent partisan de la construction du chemin de fer et déploya avec d autres citoyens une activité intense afin que la ligne projetée Glovelier / St-Ursanne soit construite. Il était fort question d abandonner ce projet au profit d un autre tracé Glovelier / Asuel. Il fut aussi un promoteur de la construction de la halle de gymnastique, de l hospice des vieillards, du syndicat chevalin du Clos du Doubs, du Marché-concours de Saignelégier en 1897. Le poids public devant les Deux-Clefs, encore utilisé de nos jours, était son oeuvre. Il était intéressé à la Société pour l exploitation des forêts du Doubs et eut la charge de réorganiser les 2 scieries du Moulin-Grillon / Pré l Abbé. A noter que cette affaire lui causa du souci du fait qu il en est devenu propriétaire (momentanément heureusement) par suite de la faillite de Camille Piquerez dont il était caution (1884/85). Papa Théobald n avait qu une soeur née à St-Ursanne le 1er mars 1835, inscrite comme suit dans le registre des naissances : Bouvier Joséphine (Sophia) fille de Pierre-Joseph et de Marie-Anne-Rosalie née Girardin. Elle a fréquenté le pensionnat des Soeurs de Charité à St-Ursanne ; un billet en mains de sa petite-fille Thérèse mentionne qu elle a obtenu deux premiers prix aux examens le 10 septembre 1848. Après sa scolarité elle a fait un apprentissage de cuisinière à l hôtel du Soleil à Delémont. En 1856 elle s est rendue à Leymen (Alsace) où elle fut engagée comme cuisinière chez les Mouttet aubergiste audit lieu. Elle y resta un certain temps et rentra à St-Ursanne, car elle ne voulait pas abandonner son frère qui était en pleines études. Elle retourna à Leymen plus tard et maria Louis Mouttet aubergiste et maire de cet endroit. Deux enfants sont issus de ce mariage : Marie et Thérèse Mouttet. Après la guerre franco-allemande de 1870, le maire Mouttet et sa famille s installèrent à Bâle, ne voulant pas rester sous la domination allemande. Il réintégra sa nationalité suisse, étant originaire de Vermes. Depuis Bâle tante Joséphine venait nous voir et nous apportait des friandises, des lekerlis bâlois, toujours appréciés. Notre cousine Marie Mouttet s est mariée à Nicolas Frey et celui-ci se trouva veuf le 2 juillet 1913. Il maria en 2ème noces sa belle-soeur Thérèse ; le nouveau couple pris soin des enfants du premier mariage, soit Thérèse, Jean et Joseph Frey. Thérèse Frey fit la connaissance à Bâle de Edmond Jubin fonctionnaire postal ; mariés ils sont venus à Bassecourt tenir le bureau de poste. Notre cousine germaine Thérèse et les époux Jubin figurent sur la photo marquant la journée du souvenir à St-Ursanne le 15 octobre 1961. A noter que notre soeur Eugénie a fait de longs séjours chez sa tante à Bâle. Tante Joséphine et papa Théobald possédaient en propre différents immeubles à St-Ursanne provenant en grande partie de leurs parents défunts selon acte sous seing privé du 18 février 1880. Par acte notarié Weber du 18 avril 1894, tante Joséphine cédait à son frère Théobald sa part pour un prix de fr. 10.000.--. Cet acte stipulait entre autre que Madame Joséphine Mouttet-Bouvier n avait plus aucune réclamation à faire à son frère en raison du mobilier qui pourrait lui revenir dans les successions de ses parents Pierre-Joseph Bouvier-Girardin ou des fruits et revenus qu il a pu toucher pour elle jusqu à maintenant à n importe quel titre, ceci pour la décharge pleine et entière de Théobald Bouvier (On mettait facilement les affaires en ordre à cette époque). Joseph Girardin Il y a lieu de parler de Joseph Girardin premier mari de notre maman Henriette. Comme hôtelier, maire et député, il joua un rôle important dans sa commune d origine. D une situation indépendante, propriétaire de l hôtel du Boeuf et de la belle ferme de Brunefarine, il était en mesure de rendre bien des services à la population. Le journal « Le Démocrate » du 17 août 1885 ne manquait pas d éloges vis-à-vis de Joseph Girardin décédé prématurément : « Maire de St-Ursanne pendant plusieurs années, il a su se faire apprécier comme administrateur dévoué aux intérêts de la commune. Son caractère franc, loyal et surtout conciliant lui avait attiré la sympathie et l amitié de toute la population sans distinction d opinion politique. Nous perdons dans la personne de Mr. Girardin un noble citoyen, un caractère élevé et tolérant. » Les Girardin Afin d éviter toute confusion, il faut noter ce qui suit concernant les deux familles Girardin dont il est question ci-avant. 1. La mère de papa Théobald Marie-Anne-Rosalie Girardin, est originaire de Montmelon. 2. Le premier mari de maman Henriette, Joseph Girardin, est originaire de St-Ursanne. Il n y a pas de lien de parenté entre ces deux familles. Il faut parler aussi de la famille Girardin de Montmelon, les seuls cousins germains de papa Théobald et tante Joséphine, soit : Joseph, Albert, Victor et Joséphine Girardin qui possédaient la grande partie de Montmelon-Dessous. Albert Girardin a été longtemps maire et juge au tribunal de district. Il était parrain de ma soeur Henriette. Victor Girardin était parrain de Théobald. Joseph Girardin était parrain de l auteur de ces lignes. De tout temps la famille Girardin avait l estime de la population du Clos du Doubs et de St-Ursanne en particulier. Les enfants Bouvier allaient très souvent en visite et en vacances a Montmelon-Dessous. Pour papa c était sa deuxième famille où il se rendait fréquemment pour discuter avec ses cousins. Il y a toujours existé des relations très cordiales entre les familles Girardin et Bouvier. D ailleurs notre famille était toujours invitée aux festivités de St-Martin rendues célèbres par l accueil chaleureux et la façon admirable dont le dîner et le souper étaient offerts. Les détails qui précèdent témoignent de l activité, de la prévoyance et du dévouement sans bornes de notre cher papa, grand et arrière grand papa. Vu sa situation et ses compétences, il aurait certainement pu faire encore d autres choses, surtout au sein de sa famille. Malheureusement il nous a quittés bien trop vite. Honneur à sa mémoire ! Il ne faudrait pas terminer ce compte-rendu, peut-être incomplet, sans rendre un hommage affectueux et reconnaissant à la vaillante épouse et maman Henriette qui a su faire face à de nombreux soucis et difficultés, s étant trouvée seule au décès de papa avec 10 enfants dont 3 à peine majeurs et le plus petit âgé de 3 ans. Me voilà arrivé au terme de mon exposé. J espère qu il vous plaira et vous permettra de mieux connaître vos origines. Continuez à honorer nos ancêtres qui ont vu le jour sur cette terre jurassienne que nous aimons et respectons tous. Que ces modestes lignes vous aident à conserver ce bel esprit de famille tel que l a souhaité Mr. Le Doyen Barthe lors de notre journée du souvenir du 15 octobre 1961 à Saint-Ursanne. Porrentruy, janvier 1979, an I de la République et Canton du Jura. Votre père, grand-père, oncle, grand-oncle et arrière-grand-oncle Albert Bouvier. 1885/1900 Industrie / Agriculture A la fin du siècle dernier, l activité régionale consistait dans l agriculture, le commerce de bois ; 3 scieries, une à Lorette, une au Moulin Grillon et une autre derrière l Hospice occupaient quelques personnes. Cette dernière, propriété de Jules Fattet, a été transformée en fonderie et cédée à Joseph Gassmann ; elle a disparu dans les années 1918/19. Une saboterie à vapeur était installée devant la porte St Pierre et exploitée par Joseph Grenouillet. Il existait aussi une tannerie sur la rive gauche du Doubs ; elle a aussi disparu ; un seul bâtiment est encore là. Transformé en maison d habitation, il fût vendu par papa Théobald à Lionel Radiguet. En 1922 Edgar Grimm-Piquerez industriel en devenait propriétaire. Une fabrique de boîtes de montres était installée au Moulin des Lavoirs depuis 1875. Une autre apparaissait au Moulin Grillon sous la raison sociale « Electrodor » modifiée ensuite par « Manufacture de boîtes de montres Paul Bouvier ». Une troisième fabrique faisait ses débuts dans la boîte de montre en s installant au Chemin du Château. Elle fût transférée au Pré l Abbé par Messieurs Bouvier-Bohner qui ont construit les bâtiments encore là ; ils ont été acquis ensuite par M. Charles Grimm qui a continué la fabrication de boîtes de montres. Indépendamment de ces usines, des petits ateliers de finissage étaient exploités en famille. Il s agissait des frères Stouder, Tardy, Marchand, Simonin et François Marchand, celui-ci situé à la rue du Quartier, bâtiment encore occupé de nos jours. Quelques familles gardaient du bétail, ce qui permettait de voir le pittoresque cortège de vaches, chèvres traverser la ville pour atteindre les pâturages de Noire Combe et Metschaimé. Tourisme Le tourisme faisait une certaine apparition. Une petite brochure intitulée « Stations estivales du Jura Suisse, petit guide de Saint-Ursanne et des environs » était distribué en 1900 par l imprimerie Boéchat à Delémont. Les besoins en alimentation étaient assurés par 3 boulangeries, 4 magasins, 1 laiterie, 2 commerces de vin, 10 auberges avec celle de Bellefontaine. Un magasin de confection et tissus était tenu par Constant Weill arrivé à Saint-Ursanne lors de la construction du chemin de fer. 1901 La population du Clos du Doubs a été vivement émotionnée par un accident survenu à Ulysse Chevillat de Montmelon-Dessus. Il était occupé au flottage de bois sur le Doubs dont le courant était très fort par suite de la fonte de la neige. La barque, d où il dirigeait le bois avec un harpon, se retourna et Chevillat eut la précaution de se coucher sur la barque retournée et de s y tenir hardiment. Dans cette position le malheureux flotteur descendit le Doubs, passa l écluse du Moulin-Grillon et une arche du vieux pont et vint s échouer en aval de la ferme de Chamesat d où il a regagné la terre ferme. Chevillat sortit indemne de cette aventure dramatique ; on le croyait perdu. Son compagnon de travail Loichot de la Charbonnière est tombé dans le Doubs et s y est noyé. 1902/3 Inauguration de l usine électrique de Bellefontaine située sur la commune de Saint-Ursanne, avec la participation des autorités et de la fanfare du lieu. Banquet servi dans la petite auberge par les soins de la famille Bouvier des Deux Clefs, transport des vivres et du matériel en traîneaux en plein mois de février. La nouvelle usine était la propriété de la Société des Forces Motrices du Doubs, siège social à Porrentruy. Inauguration aussi des bains avec cabines du Bel Oiseau et salle de lecture au Moulin Grillon installés par Lionel Radiguet. Début de l exploitation de la source d eau au même endroit, reconnue de très bonne qualité selon analyse officielle ; elle avait été mise en vente dans les restaurants de la contrée et expédiée même en Angleterre où Radiguet avait des relations. Magnifique initiative qui malheureusement n a pas eu le succès désiré ; un appui commercial a manqué au promoteur. C est vraiment regrettable quand on sait l extension qu a prise le commerce des eaux minérales. Après cet échec on recevait de l eau d Eptinger et d ailleurs. Organisation de concours de pêche, fêtes champêtres, concours de fumeurs de pipes, illumination du château avec fanfare, etc. Le petit guide déjà mentionné indiquait qu on pouvait pratiquer les sports, tels que la pêche, la natation, le tennis, le golf ! 1906/1908 Gros et régulier trafic frontière ; chaque jour des voitures à un cheval venaient de Vaufrey, Glère, Bremoncourt et amenaient du bois et du charbon en gare de Saint-Ursanne pour être dirigés sur le centre de la Suisse. D ailleurs il faut noter qu un courrier postal (voiture à cheval) Saint-Ursanne / Vaufrey, avec relais à La Motte, avait lieu journellement. Rénovation de la collégiale sous l égide du Doyen Charmillot. Vu les travaux importants à l intérieur de l édifice, le culte avait lieu au cloître ; j y ai servi la messe en plein hiver. Lors des fouilles devant le sanctuaire, (ancien cimetière sous les tilleuls) on pouvait constater la présence de différents ossements humains, entre autre un corps de femme avec une chevelure intacte. Glacière Aux Deux Clefs nous avions le dépôt de la brasserie Choquard de Porrentruy ; la bière était très appréciée. Mr Choquard, d entente avec la famille, avait à ses frais installé une glacière de 10 mètres sur 4 au sous-sol. Quand le Doubs gelait fort, une équipe de la brasserie y récoltait de gros morceaux de glace lesquels étaient stockés dans ce grand local. Cette glace était la bienvenue pendant la saison chaude, les restaurants n ayant pas les installations que l on voit aujourd hui. Fours à chaux Construction également des Fours à chaux, industrie qui a pris une très forte extension ; nous avions en chambre et pension 2 ingénieurs de Berlin qui dirigeaient les travaux et les premiers essais. A Paquoille construction d une maison locative par la famille Bono où était fabriqué l amer «Bono » apéritif apprécié. Cette petite industrie, qui aurait pu devenir intéressante, a disparu. L immeuble est encore là et utilisé, étant de bonne construction. 1909/1911 Etant au collège à St Maurice, je ne puis relater les faits marquants de Saint-Ursanne. 1912 Nous avions chaque été des clients de France et d Angleterre qui venaient passer leurs vacances. Afin de pouvoir répondre aux désirs des clients, maman réservait toujours 2 à 3 chambres en ville, chez des particuliers. Aux Deux Clefs séjournait le couple Hutchinson un peu original. La femme sortait très rarement ; il fallait le plus souvent lui porter à manger dans sa chambre. Par contre, son mari, bon vivant, savait profiter de son séjour. Il circulait beaucoup. Il avait fait connaissance d une gentille dame, pianiste comme lui. Le soir, il se mettait au piano et demandait une fine à l une de mes soeurs. Les fines champagne se renouvelaient ; le musicien oubliait d aller se coucher. Ce même Hutchinson me donnait des leçons d anglais et j étais aussi son secrétaire ; il me dictait une étude sur le caoutchouc (gutta-percha) intéressé qu il était à la firme Hutchinson fabrique de pneus dont on parle aujourd hui. Les pompiers Le service du feu était assez bien organisé ; j en ai fait partie comme officier dans le groupe « échelles ». Le corps avait sa musique formée de quelques membres de la fanfare. Chaque année revue générale le samedi après-midi, fanfare et tambour en tête. Un jour un détachement de pompiers (la pompe campagnarde) avait dû se rendre à Outremont pour maîtriser un incendie, mais arrivés sur place on constate que la canule n était pas dans le coffre du véhicule ! Cet incident, qui a beaucoup amusé les gens, fût relaté dans le petit journal humoristique « Le Guguss ». Fêtes à St-Ursanne Outre les fêtes champêtres, les représentations théâtrales à la halle de gymnastique, les cortèges de carnaval, les feux des Brandons, les lundis mémorables où les ouvriers cessaient le travail volontairement contre le gré des patrons pour aller « camper », une manifestation qui tenait à coeur à toute la population, c était la fête de St-Ursanne qui avait lieu régulièrement les derniers dimanches et lundis de septembre. Ces réjouissances étaient sacrées et très fréquentées par la population de la ville et des environs. Elles donnaient lieu à des réunions de familles et d amis où la bonne chère, boissons, gâteaux à la crème ne manquaient pas ; tout était prévu. Ponts de danse devant les restaurants du Boeuf, Ours, Deux Clefs, Couronne et même Buffet de la gare. On dansait au son de l accordéon et de la musique de cuivre. Grande animation sur les jeux de quilles des auberges précitées, carrousels actionnés par un cheval, tire-pipes, roues des millions, rien ne manquait. 1914 A fin juillet 1914 j ai accompagné le fils du buraliste G. Feune pour porter un télégramme de mobilisation à 2 officiers français en vacances aux fermes de la Combe Chavatte et Malrang. Les 2 frères Grollemund avaient marié les filles Berthold de St-Ursanne dont la maison familiale est encore là, près de la cure. Ce déplacement sentait la guerre. La guerre mondiale a éclaté au début d août 1914. Mobilisation générale de l Armée Suisse ; une compagnie du landsturm arrivait à Saint-Ursanne pour la garde des tunnels et du viaduc qui étaient minés. Dès leur entrée en service nos braves soldats étaient vaccinés par les soins du médecin, la plupart pour la première fois de leur vie. On en voyait tomber dans les bras des infirmiers car ils ne résistaient pas à la piqûre, mais ce malaise ne durait pas heureusement. Les soldats de l élite vinrent relever ceux du landsturm. Une brigade (4500 hommes) de montagne venue de l Oberland et du Haut-Valais prenait ses quartiers dans notre cité, ses environs et une partie du Clos du Doubs. Les écoles, halle de gymnastique, auberges, granges étaient garnies de soldats. Le soir jusqu à 10 heures, les établissements publics étaient remplis ; les soldats, croyant à un service de courte durée, se désaltéraient copieusement ; la plupart payait en or. On n avait jamais vu autant de pièces de 10 et 20 fr. or, mais cela n a pas duré. Une compagnie de mulets était parquée au Pré Monsieur ; la pluie étant survenue, ils furent transférés au cloître sur l invitation de M. le Doyen Braun ancien aumônier militaire. Tout était bouleversé ; il fallait faire face à la situation. Le ravitaillement des magasins et des restaurants était pénible. Avec mon frère Georges, nous chargions 2 fûts de vin, sur ordre du commandant, pour aller le distribuer à Montenol qui n avait pas d auberge. L horaire normal des trains était supprimé ; il circulait un train toutes les 2 heures. 1915 Les fabriques, les usines du pays prirent un essor rapide dès 1915, occupées qu elles étaient à faire différents produits, munitions, etc. pour les pays en guerre. La fabrique de boîtes de montres Th. Piquerez, fondée en 1875, au moulin des Lavoirs entre autre, qui occupait une trentaine d ouvriers, a vu son personnel atteindre un effectif de 500 employés et ouvriers pour ses ateliers, bureaux techniques et commerciaux. Il a fallu évidemment construire à la hâte des nouveaux locaux qui sont encore là actuellement. 1916/17 Faute de place, la fabrique de boîtes Paul Bouvier a dû ouvrir un atelier à Genève afin de faire face à la demande de spécialités en horlogerie. Il a fallu aussi construire la Cité Thécla réservée aux familles des ouvriers. Cette heureuse évolution a été profitable à la ville. Commerces, restaurants, pensions avaient une activité intéressante. Aux Deux Clefs nous servions journellement 100 à 120 dîners. Les sociétés locales ont bénéficié de cette situation favorable ; leurs effectifs augmentaient dans une forte proportion, soit : Fanfare municipale fondée en 1838 40 membres Société Chorale fondée en 1891 35 membres Société de gymnastique fondée en 1891 30 membres Auxquelles sont venues se joindre de nouvelles formations telles que Choeur mixte Ste Cécile, Choeur de Dames, Fémina Sports. Ces groupements ont eu une activité remarquable durant quelques années en participant à divers concours régionaux, cantonaux et fédéraux. L émulation était donnée à tel point qu un cours de danse était organisé au restaurant de l Ours sous la direction d un professeur de Porrentruy. Heureux temps ! Pendant la guerre l Autorité communale a dû organiser un office de ravitaillement dont la tâche consistait à distribuer des cartes de pain, graisse, sucre, riz, combustibles. Le rationnement était de rigueur. Avec d autres citoyens j ai fonctionné dans cet organe, qui malgré les sévères instructions à respecter a rendu service à la population. 1918 Dans le courant de l été 1918 une très mauvaise grippe a éclaté ; elle ravageait le pays, surtout le Jura et les troupes en service. Très nombreux malades tant chez les civils que chez les militaires. Hélas beaucoup de personnes n ont pas résisté à ce fléau. Les Autorités ont pris des mesures énergiques pour le combattre. Une commission sanitaire fût constituée. En faisait partie : Charles Braun, curé-doyen Lionel Radiguet, rentier, Emile Piquerez, industriel, Albert Bouvier fonctionnait comme secrétaire. Un appel préparé au bureau des Thécla fût distribué à la population pour l inviter à prendre les mesures nécessaires afin de chasser cette « peste » hors de la ville. Il faut dire que le terme peste a été remplacé par celui de grippe. Il ne faut pas épouvanter les gens me disait le Doyen Braun lorsque je lui ai soumis le projet d appel. Un lazaret avait été installé à Paquoille sous la direction du Dr. Ceppi. En outre deux autres médecins étaient installés en permanence à Saint-Ursanne. Heureusement une amélioration dans la santé de la population s est produite et la vie normale revenait progressivement. 11 novembre 1918 Date mémorable vu que l armistice était signé lequel mettait fin à cette affreuse guerre 1914/18. Tout le monde fête avec allégresse cet heureux événement. Les affaires continuent à marcher. Les Usines Thécla installent à Paris une succursale sous la responsabilité d un des dirigeants Robert Piquerez. Plusieurs employés qualifiés rejoignent celui-ci à Paris. Des ouvriers spécialisés le suivent au bout de quelques jours. Chef de vente Voici un extrait de l allocution de Mr. Lienhard prononcée le 13 décembre 1918 à la pension des 2 clefs : « Parmi les jours heureux de mon existence je ne compterai pas ceux de mon enfance mais bien ceux vécus dans le calme champêtre du Clos du Doubs et parmi les hôtes aimables de Saint-Ursanne. Je n oublierai pas notre major de table Mr. Albert Bouvier de même que sa gentille soeur Mlle Madeleine. Je n oublierai certes pas les soins dévoués de Mme Bouvier cordon bleu émérite et généreux. Je pars à Paris pour répandre dans toute la France les produits de nos usines ; la tâche qui m incombe est grande. Je crois qu avec de l énergie et l aide du Tout Puissant (non pas le "Gott mit uns" des allemands) j y arriverai. Soyez certains, Messieurs, qu en France je tiendrai haut la bannière au champ rouge et à la croix blanche sous laquelle j ai marché : le drapeau suisse. Je m efforcerai de relever sans cesse le prestige de notre pays. En terminant je bois à votre santé à tous, je bois à la prospérité de l usine ; je bois en l honneur de notre cher pays la Suisse, qu elle vive ! » 1920/1921 Après Paris c est à Delle que Thécla crée un atelier de mécanique et de décolletage ; en 1920 un bureau de vente est installé à Strasbourg et un autre à Rome. Quelle belle évolution et quels beaux espoirs peut-on dire ! Après une période d activité exceptionnelle dans tout le Jura, la vie économique se trouve brusquement bouleversée. Les contrats d articles de guerre sont annulés ; l horlogerie, principale source de revenus de la région, subissait un arrêt sensible dans les commandes de sorte que beaucoup d ouvriers se sont trouvés au chômage. Il ne restait qu à organiser des occasions de travail telles que routes, chemins de forêts, correction du Doubs. Aux Usines Thécla comme chez les autres industriels on faisait le maximum d efforts pour maintenir le personnel en place ; les nombreuses inventions toutes brevetées de la Direction n avaient pas le succès attendu, car tout était bloqué ; il fallait attendre des temps meilleurs. Malheureusement la très mauvaise crise a empiré ; beaucoup de fabriques se trouvaient en difficulté ; les banques bien maladroitement retiraient leur appui. Ce dernier fait obligea la famille Piquerez à abandonner leur manoeuvre d un demi-siècle pour s établir définitivement à Paris. C est dans cette ville que furent mis en valeur avec succès les divers articles inventés et expérimentés à Saint-Ursanne. Les frères Piquerez y fondèrent la firme « Técalémit » de réputation mondiale. Ils ont prouvé hautement leurs capacités. Les auberges Aux dires de nos aînés, deux établissements publics, le Jura et l Helvetia, ont été créés pendant la construction du chemin de fer, viaduc et tunnels en 1871/75. Ils ont joui d une patente provisoire pendant de nombreuses années. Une fois les travaux terminés les centaines d ouvriers ont quitté les lieux, de sorte que les 2 patentes n avaient plus leur raison d être maintenues. Toutefois, elles ont été renouvelées dans la suite grâce à la bienveillance de l autorité. Chemins de fer En 1884, d après l historien Mgr Chèvre doyen de Saint-Ursanne, un courrier fut établi entre Saint-Ursanne et Vaufrey, en attendant qu une voie ferrée, comme on l espérait, relie notre ville à Saint-Hippolyte (cela aurait été trop beau !). A propos de chemin de fer il faut souligner que la Commune et la Bourgeoisie de Saint-Ursanne ont voté sans opposition un crédit de Fr. 500.000.- pour obtenir la ligne Glovelier - Saint-Ursanne. Il y a lieu de rappeler qu il était fort question d abandonner ce projet au profit d un autre : Glovelier / Asuel. D autre part, il faut mentionner que lors de la construction du chemin de fer un docteur et un pharmacien avaient élu domicile à Saint-Ursanne. L enfant à la brouette de fumier Lorsque la famille était encore à la rue des Bouvier, j étais continuellement chez nos voisins, les frères Marchand monteurs de boîtes de montres. Avec d autres camarades on suivait de près le décapage (devant la maison) des boîtes en métal lesquelles, après l opération, étaient mélangées dans de la sciure de bois pour les sécher. Notre amusement consistait à reprendre une à une les boîtes séchées et les mettre dans d autres récipients. Mais pour moi l amusement n était pas terminé ! J attendais que l Albert, un des frères, sorte la brouette de fumier pour le conduire au tas hors de ville. Je tenais alors un bras de la brouette jusqu à destination. Pour rentrer celle-ci était retournée et je m empressais de m asseoir sur le fond ; je me cramponnais alors des deux mains sur ce siège le plus souvent un peu sale, ce qui d ailleurs n avait aucune importance ! La rentrée se faisait en courant, ce qui constituait le summum du voyage. Il arrivait que mains et habits étaient tachés par le fumier, ce qui donnait un surcroît de travail à la brave Maria, fidèle servante de la famille qui a tenu sur ses genoux tous les enfants Bouvier. Il paraît que lorsque je manquais le départ de la brouette, je poussais des cris à émouvoir tout le quartier. On pourrait croire que le fumier et le purin devaient encore jouer un tour à l auteur de ces lignes ! Lors de ma première année d école, j étais en vacances chez les cousins à Montmelon pour me remettre d une luxation de la clavicule droite. Je m amusais avec les camarades autour de la ferme. Les circonstances ont voulu que je tombe dans la rigole devant le tas de fumier. On me relève pour me conduire à la maison ; le cas était un peu compliqué car j avais un bras en écharpe. L épouse du cousin Albert pris soin de l accidenté en faisant d abord disparaître les traces de purin, etc ! Tout s est arrangé pour le mieux et j ai pu continuer mon séjour à Montmelon, chez ces gentils cousins. Une coutume disparue « les beignets » Ceux qui ont vécu l époque des fenaisons en gardent certainement un bon souvenir. C était le temps où une équipe de faucheurs partait dès les 3-4 heures du matin avec faux sur l épaule, le coffin attaché à la ceinture. L herbe abattue était étendue et on la laissait sécher sur le sol jusqu au lendemain. Le beau soleil aidant, il suffisait de retourner le foin une ou deux fois, puis le mettre en tas pour le charger sur la voiture. Quand on avait la chance de faner promptement, c était la fête des « beignets ». On mettait des rubans au haut du dernier char pour rentrer triomphalement à la maison. Le soir c était une réjouissance méritée, même si les foins devaient se prolonger par suite du mauvais temps. Les joutes électorales. Election du maire L auteur de ces lignes n était pas un habitué des joutes politiques, sauf dans deux cas. Il s agissait de nommer un nouveau maire. La candidature Maillard ne plaisait pas à tout le monde, bien qu on le voyait déjà élu. Mon ami Joseph Christe, en rentrant du bureau me dit qu il faut combattre le candidat Maillard, mais le vote avait lieu dans deux jours. Il n y avait donc pas de temps à perdre. Nous allons trouver Jules Nussbaumer gérant de la Coopérative qui fût très surpris de notre démarche. Malgré un premier refus catégorique, nous avons réussi à le persuader de se laisser porter à ce poste. Avec d autres amis on s est mis en campagne et notre candidat fût nommé maire à une belle majorité ! Election du secrétaire communal Nous étions un samedi soir des jeunes réunis dans la cave des Deux Clefs. Ce n était pas la première fois que nous étions dans ce local. Tout à coup surgit une exclamation : « On vote dimanche pour désigner le secrétaire communal ». On discute car la candidature Ariste Piquerez lancée depuis quelques jours ne nous convenait pas. Il s agissait de trouver un concurrent et le choix s est porté sur Joseph Bouvier négociant en vins. Nous allons séance tenante (2 h. de la nuit) le trouver à son domicile ; nous le réveillons par l intermédiaire de sa fille Marthe. Surpris de nous voir à cette heure, il nous demande l objet de notre visite nocturne. Nous venons de décider de vous nommer demain matin secrétaire communal. Il ne voulait pas entendre parler de notre proposition ; c est inutile de mettre mon nom en avant. Malgré ce refus il n a pas manqué de nous offrir le verre de l amitié. La discussion a naturellement continué à l avantage des visiteurs. Nous avons quitté notre candidat avec son accord définitif. Le temps d aviser quelques amis électeurs avant l ouverture du scrutin, de faire les démarches nécessaires pour assurer le succès de notre candidat et le vote commença. A 3 heures de l après-midi on annonçait que nous avions gagné ! ! ! 1922/25 Le travail dans les ateliers reprend un peu ; la situation économique devient meilleure. On revit. On revoit des touristes, des groupements de France et d Alsace. Il y a de nouveau une certaine émulation au sein des sociétés locales. La finesse du patois En vue de l organisation d une fête, nous étions chargés mon ami Jules Bürn et moi-même de trouver des Demoiselles. Arrivés dans une famille on expose à la mère le but de notre visite. Elle nous répond en patois : « est vos en fât cobin de ces femelles ? » (il vous en faut combien de ces filles ?). Les réflexions d enfants Un incendie venait d éclater dans le garage de Jules Brunod à proximité des Deux Clefs. La grand-maman dit à son petit-fils Henri : tu as peur Henri . Oh non grand-maman, on a l habitude à Cornol (nombreux incendies à une certaine époque). Le même Henri est à l heure actuelle Président des assemblées communales à Develier. Noël 1918 Un autre grave événement attendait les habitants de St-Ursanne à l occasion de Noël 1918. Une inondation d une ampleur jamais vue éclatait le jour de Noël. Elle était provoquée par la fonte des neiges d une part et d autre part par une grosse quantité de longs bois qui se sont accumulés au vieux pont de la ville, les arrêts de flottage ayant été brisés au port de Lorette. Notre vénérable pont avec Saint Jean Népomucène bien debout a résisté à ce vilain assaut. Résultat : les restaurants de la Demi-Lune et de l Ours avaient de l eau à la hauteur des tables ; la halle de gymnastique était aussi inondée ; l eau atteignait la route principale près de la Couronne et de la laiterie. Pour se rendre aux Usines Thécla, il fallait d abord franchir un pont de bois provisoire devant la Coopérative et les ouvriers devaient passer au-dessus du cimetière. Il ne faudrait pas terminer la rubrique ci-dessus concernant les inondations sans mentionner un souvenir marquant : lorsqu on attendait une inondation par la crue du Doubs, les habitants du quartier, habitués à cet événement, se retrouvaient aux Deux Clefs et à la Demi-Lune et attendaient les caprices du Doubs. A tour de rôle un habitant du coin allait contrôler les mouvements de l eau ; c est la grille se trouvant à côté de la Demi-Lune qui servait de baromètre pour se rendre compte de la crue. Si l eau arrivait à la surface de cette grille, on avait la preuve certaine que l inondation était proche et l alarme était donnée. Dès cet instant les intéressés rentraient chez eux pour prendre les dispositions qui s imposaient, soit évacuation du bétail ; celui-ci était amené dans les écuries des Deux Clefs. A ce moment précis, l Arthur du coin (sobriquet l Athe) pêcheur et bricoleur sortait sa barque. C est lui, à partir du lendemain matin qui faisait le service de ravitaillement en circulant entre la Demi-Lune et la Ruelle, la rue basse étant inondée rapidement. Les ménagères anxieuses lui remettaient la liste des commissions pour les denrées à leur rapporter. Randonnées à pieds On ne craignait pas les longues marches à pied avec un ou l autre dirigeant de Thécla et quelques employés du bureau. Voici entre autres un itinéraire parcouru : Saint-Ursanne / Epauvillers / Soubey / Côte aux Bouvier / Les Enfers / Montfaucon (halte pour dîner) / Saint-Brais / La Roche / Sceut / Montmelon-Dessus / Saint-Ursanne. Ce trajet représente 40 km. Départ le matin à 8 heures ; rentrée après minuit et le lendemain nous étions tous au bureau chacun à son poste de travail. Avis aux amateurs d aujourd hui ! D autres amateurs de marche se contentaient des promenades à La Caquerelle, Montmelon, Bellefontaine ; ici il y avait un endroit idéal à côté de l auberge, soit des tables sous une lignée de tilleuls que les promeneurs appréciaient beaucoup. Le tout a été supprimé par les Forces Motrices Bernoises. 1914/1918 Pendant cette période vécue avec les militaires, les incidents n ont pas manqués. Au début de la guerre un camarade de collège, Joseph Boinay de Vendlincourt habitant la région frontière, est arrêté alors qu il se promenait au bord du Doubs. Il est amené auprès du commandant de place dont le bureau se trouvait aux Deux Clefs. On le prenait pour un espion. Interrogé longuement il déclare qu il connaît à Saint-Ursanne une personne qui pourrait fournir d autres indications. Le commandant me fait chercher ; mes déclarations obligent l officier à libérer le malheureux promeneur. Un autre cas c est celui où Joseph Christe chef de bureau aux Usines Thécla et moi-même sommes arrêtés sur La Croix-Sur Plainmont, zone militaire d où on avait une vue étendue sur l Ajoie et l Alsace. Avec une paire de jumelles on constatait des choses intéressantes, par le beau temps ! Deux sentinelles nous arrêtent ; nos explications ne suffisent pas et sans autre on nous amène à St-Ursanne entre deux soldats avec baïonnette au fusil. Au bureau de place l interrogatoire fût de courte durée quand le commandant responsable a vu qu il avait à faire au fils Bouvier des Deux Clefs. Au militaire les ordres sont formels, nous l avons appris. Un troisième cas s est présenté en ville. Avec mon ami Jules nous nous promenions calmement dans la rue principale. C était le soir. Sans autre une patrouille nous arrête et nous conduit au corps de garde. Quelques instants après cette capture, un paisible citoyen subit le même sort que nous, ainsi que le gendarme Girardin en tenue. Ces arrestations sont restées mystérieuses ; elles n ont pas duré car à la vue du gendarme nous avons été libérés. C était une erreur ou abus, mais la presse régionale n a pas manqué de signaler ce dernier incident. La population en rit tout en critiquant sérieusement de tels agissements. 1919/20 Un auto-car français « Mont-Jura » fait son apparition à St-Ursanne. Il venait de Besançon / Maîche / St-Hypolitte pour se diriger sur Belfort par St-Ursanne / Porrentruy / Delle. Il s arrêtait le matin sur la place du poids public pour prendre en charge des touristes éventuels. Quelques amateurs en ont profité pour se rendre à Belfort. Cette liaison a duré deux saisons ; c était un essai qui aurait pu avoir une meilleure suite. De tout temps la région du Clos du Doubs a attiré beaucoup de visiteurs. Ce n était pas rare de constater le dimanche l arrivée en gare de nombreux touristes dont une partie se rendait à Ocourt / Bremoncourt. Ceux-ci étaient pris en charge par des voituriers qui les amenaient à destination sur des chars à échelles. Ces mêmes chars repassaient le soir en ville pour conduire en gare les promeneurs très satisfaits de leur voyage. 1912 La population salue avec plaisir le brillant succès obtenu par un enfant de Saint-Ursanne : Pierre Christe, un ami de notre famille, qui a passé son dernier examen pour l obtention du brevet d avocat à l université de Berne. Il a fait ses premières armes dans un modeste bureau à la rue de la gare pour se fixer ensuite à Delémont, où comme juriste et notaire il a acquis une grande renommée. C est un des rares ressortissants de notre ville ayant acquis une formation de ce genre. 1918 Le 11 novembre 1918, alors que l armistice était signé et mettait fin à l affreuse guerre 1914/18, la grève générale éclatait en Suisse. C est un autre bouleversement, arrêt des trains, arrêt partiel de toute activité. Heureusement ce conflit n a pas duré et au bout de quelques jours tout est rentré dans l ordre. 1922. Une farce de chômeurs Les gens « sans travail » venaient s asseoir sur un banc sous les tilleuls devant l église. Deux ouvriers au chômage s écrient, au moment où Mr. Hubleur rentier et capitaliste notoire passait devant eux, en montrant la maison de celui-ci : « Voilà où on mettra cette bombe ». Mr. Hubleur saisi de peur s éloigne ; quelques instants après la fille du rentier apporte un billet de 50 francs aux 2 chômeurs. Leur but était atteint. 1922 Un fléau redoutable éclate dans notre pays ; la fièvre aphteuse sévit spécialement dans le Clos du Doubs. Des mesures énergiques sont prises pour combattre cette épidémie. Nos aînés ont joué un certain rôle dans la vie publique indépendamment de celui de Joseph Girardin-Berret déjà cité plus haut. Xavier Marchand-Bouvier fit partie des autorités communales et paroissiales pendant de nombreuses années. Tout en exploitant l hôtel du Boeuf, il assuma la charge de président de paroisse et de la Caisse Raiffeisen, directeur de l hospice des vieillards. Comme conseiller communal, ensuite comme maire et député au Grand Conseil, il se montra promoteur actif dans les différents travaux intéressants Saint-Ursanne et les environs. Dans toutes ces fonctions notre parent fit preuve d administrateur compétent. Quant à Albert Girardin, cousin germain de papa Théobald, il fût maire de Montmelon pendant longtemps tout en étant juge au tribunal de district. Il avait la confiance de ses concitoyens et il rendit bien des services à la communauté. Il est mort subitement à Montmelon en août 1909 entre mon frère Georges et moi-même ; il nous aidait à porter des petites gerbes de blé que nous amenions à Montmelon pour les passer au battoir. De ce qui précède on peut déduire avec fierté que notre famille a eu le privilège d avoir : 2 députés, 3 maires et 1 juge qui ont servi le pays avec dévouement. Quant aux descendants directs, décédés à l heure actuelle, on peut dire qu ils ont eu une situation honorable et élevé de belles familles, ainsi que l on peut le constater au début du présent exposé. Ceux de la génération suivante sont là, Dieu merci, en pleine activité. Ils sont nombreux à occuper des postes dans l administration fédérale et cantonale, banque, industrie, commerce, enseignement et professions indépendantes. Ils sont un peu partout, notamment à Berne, Zurich, Lausanne, Bâle, Thoune, Reinach, Bienne, St-Imier, Tramelan, Delémont, Develier, Bonfol, Sonceboz, Porrentruy, Boncourt, St-Ursanne, Sierre, Renens. Ils occupent pour la plupart des postes intéressants ; tous sont à leur tâche quotidienne et font honneur à la grande Famille Bouvier. Chacun de nous apprendra avec plaisir que Jean-Robert Bouvier, fils de Robert, petit-fils de Léon est directeur de l hôpital de district à St-Imier. Dans l armée il a le grade de major et fonctionne comme quartier-maître du Régiment jurassien 9. Au surplus, il est maire de Sonceboz. Bravo mon cher petit-neveu ! Dans un autre domaine il faut mentionner les heureux exploits de Bernard Marchand en sa qualité d athlète. En 1932 à la Fête fédérale de gymnastique à Aarau, il a obtenu la couronne fédérale aux différentes branches de l athlétisme. C est un des rares couronnés fédéraux du Jura de cette époque. En 1936 il participa aux Olympiades de Berlin avec succès. Et en 1937 à Paris, aux championnats d Europe, il se classa honorablement en 4e finale. A noter aussi avec un réel plaisir les nombreux et bons résultats à des concours de gymnastique jurassiens, cantonaux et fédéraux obtenus par Jean-Pierre Bouvier (fils de Marcel) Claude Bouvier Jean Meyer, fils de Charles. L auteur de ces lignes, qui a fait en son temps quelques performances en athlétisme, est particulièrement heureux de signaler les succès de ses neveux. Quelques détail intéressants Au décès de papa et grand papa Théobald le 3 septembre 1903, sa succession recueillait les propriétés ci-après situées sur le ban de St-Ursanne : 1. la maison familiale à la rue des Bouvier où tous les enfants Bouvier sont nés. 2. le domaine des champs Fallat (voir ci-devant). 3. l Hôtel des 2 clefs. 4. le domaine « Rière Vasou » de 7 ½ hectares. 5. le pré « Les Saules » longeant le Doubs, 3 hectares. 6. une forêt « Les Envers » de 2 hectares, au dessus du Moulin des Lavoirs. 7. un domaine en pré, forêt, pâturage, loge à Rière les Maisons, 20 hectares en bordure de la route de Montenol (côté nord) et en bordure du Doubs (côté sud). Les restaurants Dans la famille on était prédestiné pour la profession de restaurateur : 1. grand-maman Henriette a tenu l hôtel du Boeuf à Cornol et à St-Ursanne. 2. Eugénie a d abord tenu les Deux Clefs où elle était la principale aide des parents (en 1904/1900). Elle a ensuite tenu l Hôtel du Boeuf. 1. l Hôtel des 2 clefs continuait d être exploité par la maman et grand-maman Henriette. 2. le même établissement était tenu par les époux Choulat-Bouvier. 3. le buffet de la gare avait comme tenanciers les époux Faivre-Bouvier. 4. quant au Restaurant du Jura, il a été desservi par la famille Théobald Bouvier-Scholler. Vieux souvenirs. Anecdotes. Authenticité garantie. Entretien Paupe-Bouvier Le maire de Soubey Paupe disait au papa Théobald : celui qui a baptisé « les ânes » les habitants de Saint-Ursanne était un homme avancé. Il a reçu sur le champ cette réponse : « C est bon père Paupe, jamais bonnes et braves gens ne sont venues de l autre côté du Doubs ». Ce dialogue s est passé en patois du Clos du Doubs. Dîner de circonstance aux Deux-Clefs, dans la salle du haut Le président de paroisse Albert Hubleur, marchand de vins, dit à son voisin de table le vice-doyen du décanat, curé à Cornol : « les baptèmes vous rapportent encore bien Mr. Le Curé ? » Oh ! Mr. le président, les vôtres vous rapportent davantage que les miens. Après cette réponse les 2 convives ont bu un bon verre à leur santé respective. Avec Mr. Radiguet professeur retraité Lionel Radiguet, d une célèbre renommée, très connu dans le pays, était un client habitué des Deux Clefs. Installé à une petite table près de la fenêtre, Caroline qui le servait cru bon de l inviter à prendre place à une autre grande table, lui répondit : « Non, non Caro, je préfère rester ici, je veux voir la sortie du ciné Auguste. » Explications : ciné = vêpres, Auguste = Auguste Quenet, curé doyen. Avec le Dr. Ceppi médecin-chirurgien à Porrentruy Le Dr. Ceppi venait fréquemment à Saint-Ursanne pour soigner ses nombreux clients. Vieille connaissance de maman depuis Cornol, il venait de préférence aux Deux-Clefs pour se restaurer avant de repartir le soir. Très intéressant on aimait toujours l écouter lors de ses entretiens avec maman. Le hasard a voulu que mon frère Georges et moi-même nous nous trouvions au corridor, sortie de la cuisine. Appuyés à la ridelle de l escalier conduisant à la cave pour entendre les propos du Docteur qui gesticulait ; en se retournant il bascula du haut de l escalier ! Nous avons pu le retenir par le col de son manteau et le ramener en lieu sûr. Il ne manqua pas de nous dire : vous pourrez vous vanter d avoir sauver la vie à un docteur ! (Pendant la mauvaise grippe de 1918 le Dr. Ceppi avait installé un lazaret à Paquoille). Le servant de messe Maman se faisait un devoir de m envoyer servir la messe le plus souvent possible. Lors de la fête patronale (9 décembre) plusieurs prêtres de la région arrivaient à la Collégiale ; il fallait leur servir la messe. Maman me dit : le curé de Cornol est là, tu tâcheras de lui servir sa messe et n oublie pas de te faire connaître. J ai réussi de donner suite au désir de la maman. Après la cérémonie j accompagne Mr. Le curé à la sacristie ; il me demande mon nom. Je n ai pas manqué de me faire connaître. Ah! tu es le fils de l Henriette voilà 1 franc car tu as bien fait ton service. Un franc de 1907 c était quelque chose, en général on recevait 10 à 20 cts. Mes camarades ne pouvaient croire à cette aubaine. La plus belle fête de l année Lors de la leçon de catéchiste à la collégiale le prêtre demanda aux enfants quelle était la plus belle fête religieuse de l année ? Réponse de mon frère Georges : c est Carnaval Mr. Le curé. L enfant terrible Voici la teneur du billet que l abbé Berdat, qui nous donnait les leçons de religion, envoya à maman : Madame Bouvier, Veuillez infliger une punition exemplaire à Albert pour insubordination. Trois heures d arrêt ne seraient pas trop pour lui donner le temps de réfléchir et d apprécier la gravité de ses actes répréhensibles. Agréez, Madame, avec mes regrets sincères mes respectueuses salutations. Signé : Berdat vicaire. Les incorrigibles Nous étions 5 garçons bien turbulents dans l école moyenne ; l un entraînait l autre. Le même abbé Berdat, auquel je servais la messe quelques fois, nous enseignait le catéchiste ; il n arrivait pas à nous assagir. Aussi il nous promettait toujours de nous faire connaître à « la chambre de la chèvre » (local d arrêt de la ville). Nous ne croyions pas ces menaces ; on continuait toujours à perturber les leçons de religion ! Mais un beau jour le garde-police venait prendre les 5 héros (Jobin, Grillon, Lachat, Feune, Bouvier) pour les enfermer dans le vieux cachot communal. Nous avons été au repos pendant 1 ½ heure, le policier nous ayant laissé le temps de rentrer à la maison pour dîner et revenir ensuite à l école. On peut deviner la réaction de la population. Entendu au poids public Le poids public, dont il est question ci-avant, était utilisé très souvent. On pesait un jour une vache destinée pour l abattoir ; le vendeur avait eu soin de rester un peu éloigné, ce qui lui permettait de poser un pied sur le plateau du poids public et il s écriait : à chacun son compte, moi j aime bien le mien ! Un peu de sport En été beaucoup d amateurs se baignaient dans le Doubs et pratiquaient la nage. En hiver, quand ce Doubs était gelé convenablement, les sportifs y patinaient avec ardeur, tandis que le soir surtout les lugeurs s en donnaient au mieux. Il n était pas rare que les « spécialistes » descendaient la route de la gare, passaient la porte St-Pierre pour arriver devant l hôtel de la Demi-Lune après avoir franchi la grand rue et la descente du Mai. Succès universitaires C est avec un réel plaisir qu il y a lieu de citer ceux qui par leur assiduité aux études font honneur à la famille. Il s agit de : Bouvier Jean-Claude, fils Albert et de Marthe née Gassmann, à Porrentruy : un doctorat ès sciences à l université de Genève, plus un certificat international (équivalent d un doctorat) d écologie humaine, à la même université. Meyer Charles, petit fils de Charles et d Albertine née Bouvier, à Reinach : un doctorat en chimie à l université de Bâle. Bouvier Martine, fille de Jean-Claude et de Lucienne née Mertenat, à Porrentruy : troisième propédeutique en médecine, à l université de Genève. Baillif Rémy, fils de Marcel et de Mariette née Bouvier, à Bonfol : diplôme d ingénieur-physique au Poly de Zurich, en préparation un doctorat. Maillard Marcel, fils de Noël et d Henriette née Bouvier, petit-fils de Marcel, à Boncourt : premier propédeutique en sciences économiques à l université de Neuchâtel. Faivre Marie-Thérèse, fille de Marcel et de Thérèse née Froidevaux, à Porrentruy : licenciée en sciences sociales-psycopédagogiques, à l université de Lausanne. Vives félicitations et meilleurs voeux à tous ! 1925 Un accident qui aurait pu être beaucoup plus grave arriva sur la route vis-à-vis de la ferme de la Lomenne, rive droite du Doubs. Nous avions prêté une jument à un négociant pour conduire des marchandises à Tariche. Des bûcherons de la commune de Saint-Ursanne sans avertir dévalaient du bois à la forêt de la Malvie. Au passage du convoi un long bois atteignit le cheval en plein flanc droit il fût tué sur le champ. Par une chance extraordinaire le conducteur n eût aucun mal. La Commune, qui avait omis de prendre les précautions relatives aux coupes de bois, fût rendue responsable de cet accident. Il va sans dire que nous avons été complètement indemnisés. Encore un souvenir de 1914 Dans le courant de l été 1914 l Exposition Nationale Suisse a ouvert ses portes à Berne. Bien que contrariée quelque peu par la mobilisation de l armée suisse du mois d août, elle a obtenu un beau succès. Encore le servant de messe J étais quelques fois désigné pour servir la messe aux chapelles de Seleute et de Montenol. C était la bonne occasion pour avoir un jour de congé et d apprécier, après avoir rempli sa tâche, un bon repas chez le maire de ces 2 localités. Le 26 juillet à l occasion de la fête patronale à Montenol (la Ste Anne) deux servants étaient mobilisés. Grande cérémonie présidée par le Doyen Charmillot à laquelle assistaient tous les paroissiens du village et des environs, puis dîner de circonstance. Un souvenir tout spécial de Montenol, c est le mariage célébré dans la chapelle (cas unique à l époque) d une Demoiselle Jeannerat avec un Monsieur de Saint Aman, officier français tué à la bataille de Verdun, habitant Paris, un peu aristocrate. Belle et imposante cérémonie à laquelle prirent part de nombreux fidèles. Naturellement il s en suivit un repas des plus copieux dans la famille de la mariée où les servants ne furent pas oubliés. 1928 A fin septembre une délégation de notre ville (MM. Jules Brunod, Henri Bono, Jules Bürn, Albert Bouvier) partait pour Saignelégier où avait lieu une importante réunion des délégués gymnastes jurassiens. Cette assemblée devait désigner la localité chargée d organiser en 1929 l importante fête jurassienne de gymnastique. On s intéressait beaucoup à ce genre de manifestation qui laissait un résultat fort appréciable. Forts de l appui de nos Autorités et de la population, nous avons revendiqué cette fête : les discussions ne manquèrent pas car Saint-Ursanne était en concurrence avec la section de Malleray. Nous avons réussi d enlever le morceau. Un grand chantier est ouvert au pied du viaduc en vue de renforcer celui-ci en y ajoutant des piliers supplémentaires. Ces travaux sont nécessaires étant donné l électrification de la ligne Delémont-Delle. Ces importants travaux ont été confiés à la Maison Losinger de Berne. En ville, sous l impulsion du Maire Xavier Marchand on procède au pavage de la rue principale depuis la porte St Pierre jusqu aux deux autres portes. Par la même occasion on continue la réfection des égoûts et la correction du Doubs. Il est superflu de dire que tous ces travaux ont été fort appréciés. 1929 Les 27 et 28 juillet se déroule dans notre ville l importante fête jurassienne de gymnastique. Des centaines de gymnastes accourent dès le samedi matin. Le dimanche surtout une foule de visiteurs sont là pour admirer les concours individuels et de section, les exercices d ensemble qui eurent lieu au Pré l Abbé mis à disposition par Mr. Paul Bouvier. Un cortège fort imposant parcourut la ville, avec en tête les autorités de district, députés du Jura, fanfare et tambours. Le Banquet de midi a dû être servi en deux temps ; l hospice des vieillards a bien voulu servir le dîner à un fort contingent de gymnastes. Le repas officiel (invités et jury) eu lieu aux Deux Clefs. On n aura jamais vu autant de monde à Saint-Ursanne. En résumé gros succès financier pour tous. Tout le monde était satisfait, grâce à la bonne volonté de chacun et surtout au savoir-faire du comité d organisation qui était composé de MM. Président d honneur : Paul Bouvier Président d organisation : Ariste Piquerez Président de réception : Xavier Marchand Caissier central : Paul Trümpy Secrétaire : Gaston Stouder Membres adjoints : Jules Bürn, Edgar Grimm, Edmond Stouder, Camille Sironi, Jules Nussbaumer, A. Bouvier. Cette fête a laissé une forte impression dans la contrée. Le comité jurassien a tenu à féliciter tout spécialement la section de Saint-Ursanne et les organisateurs. Notre cité assiste à la fondation de la société des pêcheurs à la ligne sous la présidence de René Chapuis. 1930 Réunion dans notre ville des sociétés de chant Céciliennes du Jura. Beaucoup d amateurs de chant et des curieux ont assisté aux différents concours qui ont eu lieu à la collégiale et à la halle de gymnastique. Belle cérémonie aussi à la collégiale à l occasion de la première messe solennelle de l abbé Pierre Buchwalder, un enfant de Saint-Ursanne né à Oisonfontaine. La population et la fanfare prennent part à cette touchante manifestation ; vu le nombre imposant d invités le banquet de midi a été servi à la halle de gymnastique par les soins de la famille Marchand-Bouvier de l hôtel du Boeuf. Première séance d un comité provisoire en vue de la création d une société pour favoriser le tourisme dans le Clos du Doubs. Y assistaient Jean Gauthier buraliste, Jules Nussbaumer gérant, Albert Bouvier gérant, Albert Python chef de gare, Xavier Marchand hôtelier. Les prix de la belle époque. Restauration et boissons. Un dîner de choix (4 fr.) Potage tapioca Truite au beurre frais Langue de boeuf aux morilles Purée de pommes de terre Pigeons au salmis Salade Crème au vin blanc Biscuit de Savoie. Un dîner courant 2 à 2.50 fr. Un dîner pour pensionnaire avec 2 dl. Vin 1 fr. Un repas de St Martin chez les cousins à Montmelon : Soupe grasse Bouilli avec salades Boudin Choucroute garnie Rôti Gelée de ménage Dessert : crème brûlée (une spécialité) gâteaux aux fruits et à la crème. Café avec kirsch distillé à Montmelon un vrai de vrai ! Un menu de taille servi à la noce Comman-Girardin en 1890/92 : Potage perles de Siam Bouchées à la reine Brochets sauce mayonnaise Oies en daube Civet de lièvre Filet de boeuf jardinière Fricassé de poulet aux champignons Jambon d York à la gelée Gigots rôtis-salade Pièce montée-gâteaux-desserts. Un carnet de grand papa Théobald tenu lors de ses études à Berne en 1855/58 mentionne : 2 mois de pension fr. 50 dépensé du 29 octobre 1856 au 1er mars 1858 fr. 1850 dépensé pendant 3 mois de vacances passés à Montmelon fr 30 dépensé pour célébrer la fête de Saint-Ursanne le 30 septembre 1855 fr. 10 Dans les auberges. 1 litre de vin rouge 1 fr. 1 litre de vin rouge supérieur 1.20 fr. 1 litre de vin blanc 1.40 fr. une absinthe -.15 apéritifs : vermouth, malaga, madère, bitter -.20 apéritifs à l eau -.30 café liqueur -.30 bière, la chope de 3 dl. -.15 bière, la chope de 5 dl. -.20 vins fins en bouteilles 2 à 4 fr. champagne 5 à 6 fr. une chambre à 1 lit 1.50 fr. Transports. Billet de chemin de fer : Saint-Ursanne-Porrentruy 0.80 Saint-Ursanne-St-Maurice (billet collectif) 4.50 Activité militaire. Bien que cette rubrique sorte du cadre prévu, je crois qu il est bon de parler de la période 1914/1919 durant laquelle beaucoup de nos compatriotes ont accompli de nombreuses périodes de service. Au printemps 1916 les jeunes citoyens Arthur Piquerez, Raoul Thiévent, Edgar Grimm, Albert Bouvier et Xavier Boillat de la Chamillotte partaient pour l école de recrues à Colombier où ils retrouvent le caporal Joseph Lachat (menuisier et sacristain) déjà en service et qui fût pour nous d un précieux appui. C est dans ce lieu que nous avons fait notre apprentissage militaire pendant 67 jours. Ceux-ci se sont écoulés sans trop de mal. On se retrouvait le soir au restaurant pour déguster quelques fois des spécialités neuchâteloises telles que fondue, friture de bondelles, tripes à la mode du pays servies copieusement pour le prix de fr. 1.50 avec une bouteille de Neuchâtel dont le prix variait entre 90 cts et 1.20 fr. Après ce premier service, nous rejoignons nos bataillons respectifs ; je passe quelques jours à Chevenez dans la cp. IV/24 que je quitte pour prendre part à l école de sous-officiers à Porrentruy. Ici service assez dur pendant les mois de juillet/août, récompensé pour ce qui me concerne par 3 jours de congé octroyés par le colonel de Loys cdt. de la IIe division : le futur caporal était sorti le premier à une course de vitesse ordonnée par le divisionnaire. Après cette pénible école de sous-off. je rejoins le bataillon 24 qui était cantonné à Boncourt, pour continuer le service frontière à Miécourt. Nous quittons l Ajoie pour des manoeuvres des plus pénibles (par la pluie) aux Franches-Montagnes. On a fini ce service actif 1916 au Hauenstein pour construire des tranchées dans la montagne à proximité d Olten. 1916 On a appris là le vrai service en campagne. Par la pluie très souvent, en pleine campagne, notre bataillon couchait sous les tentes. A un certain moment la discipline devenait très sévère car un relâchement dans la troupe existait du fait du scandale provoqué par les fameux colonels Egli et Wattenwil qui faisaient de l espionnage à Berne au profit de l Allemagne ! Tout le monde était indigné par l agissement de ces deux traitres-colonels. On craignait en haut lieu des manifestations de protestation tant dans l armée que dans la population civile. En novembre-décembre 1916 le caporal Bouvier était de nouveau à Colombier pour payer ses galons, conformément au règlement. 1917 En janvier 1917 la IIe division est de nouveau mobilisée ; le bataillon 24 est cantonné au Landeron ; il est occupé à faire des fortifications au Jolimont à proximité du pénitencier de St Jean. (Nous n étions pas en pénitence). Après un séjour de quelques semaines, le rgt. 9 est déplacé dans le Jura Nord pour effectuer d importantes manoeuvres dans la région des Rangiers. Je n y ai pas participé car j ai eu la chance d être appelé à Colombier comme sous-officier instructeur. Service très agréable que j ai accompli avec beaucoup de plaisir. C est à cette occasion que j ai eu l honneur de porter le drapeau fédéral, étant encadré par quatre fusiliers en armes et tambours, pour recevoir le commandant de l Armée Général Wille, qui venait inspecter l école de recrues de Colombier. A fin 1917 le bataillon 24 occupait le secteur Saignelégier-Les Brenets par un hiver très rigoureux. Le deuxième dimanche de novembre on patinait sur le lac. Notre compagnie IV/24 tenait les postes-frontière Les Pargots, Col des Roches avec ses tunnels, Le Prévoux, Cerneux Péquignot. 1918 Un souvenir inoubliable c est la soirée de compagnie organisée à Noël au Locle avec le bienveillant concours des autorités locales et des industriels. Chaque soldat a reçu un paquet fort apprécié comme le fût l excellent banquet ! Démobilisé en janvier 1918 le régiment 9 venait d accomplir son dernier service d occupation des frontières. 1919 Mais le 19 mai 1919 les bataillons jurassiens, sous les ordres du Colonel Guisan futur général, étaient de nouveau mobilisés à Tavannes. Tout le régiment 9 muni du nouveau casque partait en train pour Zurich afin d y maintenir l ordre. Des émeutes éclataient à tout moment ; c est alors que le gouvernement zurichois fit appel à l armée. Le bataillon 21 occupait la ville de Zurich. Les compagnies des bataillons 22 et 24 étaient réparties dans la campagne zurichoise prêtes à intervenir. A deux reprises nous avons été chargés sur camion pour atteindre Zurich où les émeutes se renouvelaient. Heureusement nous n avons pas dû agir et les compagnies rentraient dans leurs lieux de stationnement. Notre compagnie était cantonnée à Kloten. Bien nourris, choyés, les hommes passaient la journée à faire des exercices de gymnastique, des jeux et des chants, à l exclusion de tout autre mouvement, sauf la marche qui ressemblait plutôt à une promenade. Quel contraste avec les autres services de mobilisation. Nos hommes se plaisaient à Kloten, charmant village entouré d arbres fruitiers ; ils couchaient dans un lit chez l habitant et touchaient une solde journalière de 8 à 10 francs selon les grades. Encore un souvenir agréable de notre école de recrues. Lors de la grande course traditionnelle nous étions en stationnement à Lignières (canton de Neuchâtel) ; le frère aîné de la famille Piquerez était de passage dans la contrée ; il a eu la gentillesse de nous offrir un excellent souper au champagne fort apprécié dans une pareille circonstance. Il est superflu de dire combien nous étions satisfaits pour aller ensuite dormir sur la paille ! Pendant les années 1916/18 dans la région de Neuchâtel-Colombier on rencontrait assez souvent des soldats internés. Il s agissait de soldats alliés (français et anglais) considérés comme blessés de guerre que la Suisse hébergeait, d entente avec les gouvernements intéressés. Les neveux heureux Il s agit de Germain Bouvier, fils de Théobald. Avec son camarade Sassi ils se sont fait passer le premier comme maire de Porrentruy, le second comme préfet du district lors de leur arrivée à la Vue des Alpes où avait lieu une rencontre de notabilités neuchâteloises. Ils ont été accueillis merveilleusement et ont passé de bons moments avec ces convives occasionnels ainsi qu ils l ont déclaré à leur retour en Ajoie. Les Henri Il y avait en 1943/44 deux Henri qui avaient la considération de la population. Henri Guisan le général de l armée suisse et l autre Henri (Bouvier) soldat du 233e bataillon-frontière. Ils se sont rencontrés à la cuisine de la Caquerelle d une façon tout à fait imprévue cela va sans dire. Un copieux «quatre-heures » leur a été servi avec comme compagnon de table le tenancier Jules Garessus. Notre soldat se trouvait bien à l aise à côté du général qui le connaissait depuis longtemps. Il y a lieu de dire que le colonel Guisan allait souvent chez un autre colonel où était en service notre Henri. A chaque occasion celui-ci promenait en break les deux amis-colonels. En famille Aux Deux Clefs la famille était réunie dans la petite salle pour le souper. C était une fête quand le papa Théobald préparait lui-même la salade aux pommes de terre ; celles-ci lui étaient apportées pelées et coupées, mais papa se chargeait de l assaisonnement ; je le verrai toujours remuer soigneusement la salade et la distribuer à chacun. C était un événement comme aussi la distribution du fromage « Vacherin » qui était découpé dans une grande boîte ronde. Plus tard, après leur scolarité et un séjour aux pensionnats de Maîche et de Porrentruy, mes soeurs avaient leur tâche journalière bien définie. Henriette aidait à la cuisine le matin et servait au café l après-midi en partie. Albertine et Madeleine avaient fort à faire pour préparer les tables du repas de midi destiné aux nombreux pensionnaires ; elles s occupaient des clients au restaurant. Caroline servait aussi les clients quand elle était à la maison, car elle faisait de nombreux stages dans les bureaux postaux de Bassecourt et Delémont. Quant aux garçons : Albert s occupait de la partie commerciale et Georges avait la responsabilité du train agricole. Eugénie et Théobald ont quitté la maison familiale en 1905 pour se marier. Quant à Léon, il est resté dans la famille jusqu en 1910. Bien qu il fût occupé ailleurs (représentations commerciales) il s intéressa toujours aux affaires de la famille. Lors d un voyage d affaires, Léon a eu la bonne idée d acheter à un prix très avantageux : 1 billard, 1 piano, qui ont été installés dans la grande salle. Les clients appréciaient le jeu de billard tout nouveau pour Saint-Ursanne. Quant au piano certains clients s en servaient ainsi que la famille. Très souvent il était mis à disposition gratuitement aux sociétés qui organisaient des représentations ou théâtre à la halle de gymnastique. Depuis le décès de papa Théobald Léon fût d un précieux appui pour maman Henriette. Il passa sa vie de garçon dans sa ville natale avec de fidèles amis bons vivants comme lui. Pendant de nombreuses années, il fit partie de la Fanfare et y fonctionna comme secrétaire. Périodiquement il remplaçait le préposé responsable du poids public ; lorsque l occasion se présentait il était toujours prêt à rendre service à ses concitoyens. Après avoir fréquenté les collèges de St-Maurice et Zoug, Joseph quitta son lieu natal pour se fixer à Cornol. Il y seconda son oncle François Berret au bureau de poste où il fit son apprentissage de postier et devint dans la suite buraliste postal. Concernant l hôtel des 2 clefs, il est intéressant de signaler un des derniers repas important que maman Henriette a préparé en 1925. Il s agissait de recevoir le Club Vosgien de Mulhouse (une cinquantaine de convives) qui tenait à revoir notre cité. A cette occasion on pouvait voir en stationnement les très nombreux véhicules qui avaient amené les visiteurs depuis Mulhouse. Cela fit sensation à l époque où la circulation routière en autos était loin de correspondre à celle d aujourd hui. Avec le petit Marcel Un autre fait, c est celui où grand maman Henriette, désirant intéresser son petit-fils Marcel, l invite à admirer l arrivée de l évêque pour la cérémonie de la confirmation. Tout le monde avait les yeux fixés sur le prélat, mais au même instant le petit Marcel s écrie : Oh ! Voilà la « Lisette de Champraimeux » ! ». Le cheval de cette ferme le captivait davantage que Mgr. l évêque. 1931 Le Conseil communal de ma ville natale m a fait l honneur de me désigner comme orateur officiel à l occasion de la fête nationale le 1er août 1931. Je me suis appliqué au mieux à l accomplissement de cette tâche avant mon départ pour Porrentruy où je me suis fixé avec ma famille. Je remercie encore l Autorité communale pour ce geste amical. Voilà ! Je dois terminer mon exposé que l on trouvera peut Un peu d histoire Les Bouvier représentent une des plus anciennes familles bourgeoises de Saint-Ursanne. En 1415 il y avait déjà un Jean Bouvier. La « rue des Bouvier » a pris naissance en 1428. Au cours des années 1502 à 1596 il y a des familles Bouvier à Saint-Ursanne, Cornol, Montenol, Indevillers sur le Doubs. François Bouvier, maître bourgeois, le premier de la confrérie de Saint-Ursanne, y demeure dans les années 1640-1679. Jean-Guillaume-Joseph Bouvier, né en 1712, est prêtre et chapelain de Lorette. Joseph Bouvier, notre ancêtre, est né à Saint-Ursanne le 19 août 1724. Pierre-Joseph Bouvier, père de Théobald, est né le 11 juillet 1800. Joseph Bouvier, oncle de Théobald, ancien maire et député, est né en 1813 et mort en 1884 (une inscription figure au cloître). Théobald Bouvier, dont la mémoire est spécialement honorée ce jour, est né à Saint-Ursanne le 11 septembre 1837 et y est décédé le 3 septembre 1903. A.B. |